Les Origines en Mésopotamie (3000 av. J.-C.)
Les archéologues ont découvert à Ur (Irak actuel) des plateaux de jeu datant d'environ 3000 avant J.-C., considérés comme les ancêtres directs du backgammon. Ces plateaux — le "Jeu Royal d'Ur" — utilisaient des pions et des "dés" en forme de tétraèdres.
Le "Jeu Royal d'Ur" a été découvert par Sir Leonard Woolley lors de fouilles dans les années 1920. Le plateau original est aujourd'hui exposé au British Museum à Londres. Des tablettes cunéiformes trouvées sur le même site contiennent ce qui semble être des règles partielles du jeu.
La Perse Antique et le "Nard" (6e siècle ap. J.-C.)
La première description vraiment claire d'un ancêtre direct du backgammon apparaît dans des textes perses du VIe siècle après J.-C. Le roi Khosrow I (531-579) est crédité d'avoir codifié les règles du "nard", présenté comme une réponse au jeu d'échecs — lui-même venu d'Inde.
Selon la légende, un sage du roi Khosrow a inventé le backgammon pour montrer philosophiquement comment le destin (les dés) interagit avec le libre arbitre (les décisions). Les 15 pions représentaient les jours du mois, les 24 flèches les heures de la journée, les 12 points de chaque côté les mois de l'année.
Dans la tradition perse, le plateau de backgammon était une représentation de l'univers. Les 30 pions (15+15) représentaient les jours et les nuits, les 24 flèches les heures du jour. Jouer était une méditation sur le temps et le destin.
Rome Antique — le "Ludus Duodecim Scriptorum"
Les Romains jouaient à plusieurs jeux de tables, dont le Ludus Duodecim Scriptorum ("jeu des douze lignes") et le Tabula, tous deux proches du backgammon. L'Empereur Claude (10 av. J.-C. – 54 ap. J.-C.) était un joueur passionné — il aurait même écrit un livre sur le sujet, malheureusement perdu.
Des graffitis de jeu ont été trouvés dans les rues de Pompéi, permettant aux historiens de reconstituer comment les Romains jouaient. Dans les thermopoliums (sortes de snack-bars antiques), des plateaux de tabula étaient gravés dans les comptoirs en pierre.
L'Empire Byzantin et la Diffusion dans le Monde Arabe
Après la chute de Rome, le jeu de tables survit dans l'Empire byzantin sous le nom de Tabula. L'Empereur Zénon (IVe siècle) est cité dans un texte avec une position désespérée de ses pions — considérée comme la plus ancienne position de jeu documentée de l'histoire des jeux de tables.
Avec l'expansion de l'Islam au VIIe-VIIIe siècles, le nard persan se diffuse dans tout le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Bien que certains théologiens musulmans aient débattu de sa licéité (le hasard impliquant les dés), le jeu reste populaire dans les cultures islamiques, souvent sous une forme sans pari d'argent.
Le Moyen Âge Européen
Le jeu de tables arrive en Europe occidentale probablement via les Croisés et les marchands arabes. Au Moyen Âge, il est joué dans toutes les couches de la société — des moines aux seigneurs. Des manuscrits enluminés du XIIIe siècle montrent des personnages jouant sur des plateaux clairement identifiables comme des ancêtres du backgammon.
L'Église avait une relation ambiguë avec le jeu — certains conciles l'interdisaient aux clercs, mais il était néanmoins joué dans les monastères. Les Rois d'Angleterre, de France et d'Espagne étaient réputés pour leur passion des jeux de tables.
La Renaissance et le Trictrac Français
Au XVIe siècle, le trictrac devient le jeu de tables par excellence en France. Son nom vient du bruit des pions sur le plateau. Plus complexe que le backgammon moderne, il implique un scoring continu et des règles très élaborées.
Le trictrac est mentionné par Rabelais, joué à la cour des Valois, et décrit dans de nombreux traités de jeux. Des "trictrac-tables" — meubles combinant table de jeu et tiroirs — étaient des éléments de mobilier luxueux chez les nobles.
Le "Backgammon" Anglais (XVIIe siècle)
Le terme backgammon apparaît pour la première fois dans la langue anglaise en 1645. Son étymologie est débattue : "back" (retour) + "game" (jeu) ou du gallois "bach" (petit) + "cammaun" (jeu de bâtons). En tous cas, les règles anglaises du XVIIe siècle sont très proches des règles modernes.
L'Invention du Dé Doubleur (années 1920, New York)
Le dé doubleur est inventé dans les années 1920 dans les cercles de jeu new-yorkais. Cette innovation — permettant de multiplier les enjeux en cours de partie — transforme radicalement le backgammon. Il passe d'un jeu de hasard agréable à une discipline stratégique profonde, avec une dimension financière et psychologique intense.
C'est aussi à cette époque que les premières règles standardisées modernes émergent, notamment les règles du Crawford et les règles des doublets.
Le Renouveau des années 1970
Le backgammon connaît un renouveau spectaculaire dans les années 1970, porté par la jet-set internationale. Des tournois de backgammon luxueux sont organisés à Monte-Carlo, à Nassau (Bahamas) et dans les casinos américains. C'est l'époque des "backgammon players" professionnels qui parcourent le monde en avion pour jouer des parties à enjeux élevés.
Le premier World Backgammon Championship est organisé à Nassau en 1967. Des figures comme Paul Magriel ("X-22") publient des livres révolutionnaires sur la stratégie qui sont encore des références aujourd'hui.
L'Ère Informatique et l'Analyse par IA
Dans les années 1990, le logiciel TD-Gammon (développé par Gerald Tesauro chez IBM) devient le premier programme à atteindre le niveau des meilleurs joueurs humains, grâce au machine learning. Contrairement aux échecs où Deep Blue a battu Kasparov par la force brute, TD-Gammon a appris en jouant des millions de parties contre lui-même — une approche révolutionnaire.
Aujourd'hui, des logiciels comme GNU Backgammon et Extreme Gammon (XG) jouent à un niveau que les meilleurs humains ne peuvent pas atteindre. Ces programmes ont aussi transformé l'enseignement du backgammon : les joueurs analysent leurs parties avec l'IA pour identifier leurs erreurs.
Le Backgammon Aujourd'hui
Le backgammon est aujourd'hui joué par plus de 100 millions de personnes dans le monde. La World Backgammon Association (WBA) organise des championnats mondiaux annuels. Des tournois majeurs ont lieu à Monte-Carlo, Istanbul, Tokyo et dans de nombreuses autres villes.
Sur Internet, des millions de parties se jouent chaque jour. Des plateformes comme Backgammon Galaxy permettent à des joueurs de tous les continents de se mesurer et de progresser grâce à l'analyse en temps réel.
En Suisse, plusieurs clubs de backgammon sont actifs, notamment à Genève et Zürich, avec des tournois régionaux et nationaux.
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