1. Présentation du jeu de go
Le jeu de go (围棋 wéiqí en chinois, 囲碁 igo en japonais, 바둑 baduk en coréen) passe pour le jeu de plateau le plus profond et le plus complexe jamais conçu. Né en Chine il y a plus de 2 500 ans (la légende le fait remonter à 4 000 ans), il compte aujourd'hui plus de 40 millions de joueurs dans le monde, surtout en Asie de l'Est.
Deux raisons expliquent sa renommée. D'abord, ses règles sont d'une simplicité déroutante, et pourtant elles engendrent une complexité stratégique infinie : le nombre de positions possibles dépasse de très loin celui des atomes de l'univers observable. Ensuite, le go fut le dernier grand jeu à résister à l'intelligence artificielle : ce n'est qu'en 2016 que le programme AlphaGo (DeepMind) a battu l'un des meilleurs joueurs du monde, Lee Sedol.
La victoire d'AlphaGo sur Lee Sedol en 2016 a marqué un tournant historique. Aux échecs, la force brute de Deep Blue avait battu Kasparov dès 1997 ; au go, il a fallu recourir à l'apprentissage par renforcement profond, car l'espace de recherche est bien trop vaste pour une approche exhaustive.
2. Matériel
Un set de go comprend :
- Un plateau (goban) quadrillé de 19×19 lignes (soit 361 intersections) ; il existe aussi des plateaux 9×9 et 13×13 pour apprendre
- 181 pierres noires et 180 pierres blanches (les noirs en ont une de plus, car ils jouent en premier)
- Deux "bols" (goke) pour ranger les pierres
À la différence du backgammon, les pierres se posent sur les intersections (les points) de la grille, et non dans les cases.
3. Placement des pierres
Voici les règles de base du jeu :
- Les noirs ouvrent la partie, puis les joueurs jouent à tour de rôle
- À chaque tour, vous posez une pierre sur n'importe quelle intersection libre
- Une fois posées, les pierres ne bougent plus (sauf si elles sont capturées et retirées)
- Vous pouvez passer votre tour (dire "pass")
- La partie s'arrête quand les deux joueurs passent consécutivement
Le but est de contrôler du territoire, c'est-à-dire des intersections vides entièrement cernées par vos pierres. Vous l'emportez si votre territoire, augmenté des prisonniers que vous avez faits, dépasse celui de l'adversaire (décompte japonais).
4. Les libertés (qi)
Chaque pierre, ou chaque groupe de pierres reliées, possède des libertés : ce sont les intersections vides directement voisines (à l'horizontale et à la verticale, jamais en diagonale).
- Une pierre au beau milieu du plateau a 4 libertés
- Une pierre sur un bord a 3 libertés
- Une pierre dans un coin a 2 libertés
Des pierres de même couleur qui se touchent forment un groupe, qui met en commun les libertés de toutes ses pierres. Si un groupe n'a plus aucune liberté, il est capturé.
5. La capture
Une pierre ou un groupe est capturé quand toutes ses libertés sont occupées par des pierres adverses. On le retire alors du plateau et on le garde comme prisonniers. En fin de partie, ces prisonniers comptent contre l'adversaire dans le score.
Suicide interdit
En général, il est interdit de poser une pierre qui n'aurait aussitôt aucune liberté (ni seule, ni au sein d'un groupe) : c'est une "position suicidaire". Une pierre qui capture des pierres adverses n'est jamais un suicide, puisqu'elle regagne aussitôt des libertés. Quelques règlements (néo-zélandais, par exemple) autorisent le suicide d'un groupe de plusieurs pierres, mais les règles japonaises et chinoises l'interdisent.
6. La règle du Ko
Le ko est une règle contre la répétition. Dans certaines situations, les deux joueurs pourraient se capturer l'un l'autre à tour de rôle sans fin, ce qui produirait une boucle infinie.
La règle du ko interdit de rejouer tout de suite une position qui vient d'exister. Si vous capturez une pierre et créez un ko, l'adversaire ne peut pas recapturer immédiatement pour revenir à la position précédente : il doit d'abord jouer ailleurs (créer une "menace de ko"). Ensuite, si vous répondez à cette menace, il peut alors reprendre le ko.
Savoir manier les kos est l'un des aspects les plus avancés du go professionnel.
7. Vie et mort des groupes
Un groupe est vivant lorsque l'adversaire ne peut pas le capturer, même en jouant au mieux. Le moyen le plus simple d'être vivant : avoir deux "yeux", c'est-à-dire deux intersections vides distinctes, entièrement entourées par vos pierres.
Pourquoi deux yeux ? Parce que l'adversaire ne peut pas jouer dans les deux à la fois. Jouer dans un seul des deux yeux serait un suicide, puisque la pierre posée n'aurait aucune liberté : le groupe garde donc toujours au moins deux libertés et ne peut pas être capturé.
8. Score et fin de partie
La partie prend fin d'un commun accord (deux passes consécutives). Le score final se calcule ainsi :
- Territoire : les intersections vides entourées uniquement par vos pierres
- Prisonniers : les pierres adverses capturées pendant la partie (elles comptent contre l'adversaire)
- Komi : compensation accordée aux blancs, puisque les noirs jouent les premiers (généralement 6,5 points)
Le joueur qui totalise le plus de points gagne. Le komi de 6,5 (ou 7,5 selon les règles) exclut toute partie nulle.
9. Comment progresser au go
Le go classe ses joueurs par rangs, du débutant (30 kyu) au professionnel (9 dan). Au début, la progression est rapide : quelques mois de pratique régulière suffisent pour passer de débutant à 15 kyu.
- Commencez sur un plateau 9×9 pour assimiler captures et territoire
- Résolvez des "tsumego" (problèmes de vie et de mort) pour affiner votre calcul
- Jouez sur OGS (Online Go Server) ou avec l'application Fox Go
- Lisez le "Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go" (Lusson, Perec, Roubaud) ou "In the Beginning" (Ishigure) pour les ouvertures
Pour jouer au go sur un beau matériel, Le Palais des Echecs propose des sets de jeux traditionnels de qualité dans sa collection de jeux de société en bois.
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